Home > Non classé > Moi, ta dernière biche connard!

Je m’apprêtais à rentrer de mon boulot. Seul dans ma voiture, je quittais le commissariat en uniforme,  je pense à ma femme sûrement en petite tenue m’attend pour fêter un bel anniversaire à deux. Les femmes! Elles veulent toujours fêter les anniversaires de rencontres,  d’amour, de mariage et autres. J’ai une femme magnifique,  pensai-je.  Au coin de la route de kenscoff, un temps d’hiver. Il faisait un froid de loups. J’ai vu une femme courir,  pieds nue,  avec une belle robe déchirée. J’ai toute suite pensé à ma femme. Entre 28 et 30 ans, cheveux défaite, aussi rapide qu’un animal en fuite.  Une femme reste une femme. J’arrête ma voiture pour aller à sa poursuite. Elle avait l’air perturbé. Terrorisé.  Déstabilisé.

– Madame arrêtez-vous,  je peux vous aider! Elle semble ne pas écouter,  elle court il fallait l’arrêter. Je n’aime pas le dire, je n’avais pas le choix cette fois, d’autant plus je suis en uniforme. J’ai crié de toutes mes forces: Police, arrêtez-vous tout de suite! Elle s’est arrêtée.  J’approche tout doucement,  j’essaie de ne pas l’effrayer.

– Je suis Marc Henry Jean Charles, je travaille au commissariat de Pétion-Ville, je suis un agent 4, j’ai une femme et une petite fille, elle n’a que 7 mois, elle s’appelle Sarah comment puis-je vous aidez?  Elle m’a longtemps regardé dans les yeux. Il fallait à tout prix gagner sa confiance le plus vite que possible,  avec des mots clairs et précis.  Il y a plus précis,  clairs et faciles que les mots qu’on choisit pour se présenter.  J’ai vu dans son regard une méfiance magistrale,  qui, se ramollie dès que je lui ai parlé de ma petite Sara. Elle doit elle aussi avoir un enfant qu’elle aime beaucoup. J’ai réussi à gagner sa confiance. Selon moi.  Elle accepte ma main tendue vers elle. Sa jolie main fine et glaciale avec une bonne manucure. Une bague scintillante, éveillant tous les sens. Ça se voit illico,  elle est mariée.  C’est une épouse.  Une épouse de riche. Et sa déclaration va chavirer mes sens et mes illusions de la belle vie, de l’opulence de sa fortune.

– Je m’appelle Jessica,  j’ai un mari qui me bat. Il me frappe comme une bête sauvage, sur un ton sec et distrait.

– Madame as-tu déjà porté plainte?

– Non monsieur l’agent, répondit elle,  je ne saurais le faire.

– Pourquoi tu es encore avec lui?  Elle soupire un instant,  et regarde son interlocuteur. Son regard faisait peur, il y avait pas là le regard d’une femme,  mais celui d’un monstre. Ses meurtrissures donnaient froid dans le dos.

– Jamais je n’aurai le courage de le dénoncer.  De nous dénoncer, car en le dénonçant,  je ne ferai qu’aggraver la situation.  Il me trouvera et me rende la monnaie de ma pièce. Ça c’en est une, l’autre je serai plus cette femme chanceuse qui a trouvé un mec génial dont toutes les femmes rêvent.  Un mari gentil, amoureux et passionné. Un mari riche avec des entreprises à chaque coin de la ville, des maisons de vacances dans chaque province.  Je serai plus cette femme dont toute la famille à en exemple aux plus jeunes. Le pire je serai plus cette jeune femme avocate qui défend la cause des femmes battus. Cette femme de grande importance. Je serai plus tout ça. Je serai personne.  Je serai rien. Fini cette Jessica Micaelle Jules Parker.

– Tu sacrifie ta vie au prix de ta renommée, c’est ça?

– Pas que pour ça,   pour mes parents. Il y a cette société qui va les blâmer d’avoir vendus leur fille à un homme riche, un assassin et ils ne pourront pas pleurer ma mort à haute voix. Pour ces autres femmes d’affaires, ces avocates,  ces femmes de grandes importances qui ont peut-être un mari gentil qui les respecte mais cette même société de par mon histoire vont les manquer de respect.  Le pire monsieur l’agent,  je l’aime encore…

– Combien d’enfants vous avez?

– aucun, on n’en a eu aucun! J’aurais pu en avoir vous savez? Si à chaque fois je ne reçois pas un coup de pieds au bas de mon ventre quand il me traite de perfide.  J’évite ses coups de mes mains, mais il était beaucoup plus fort que moi.  Je devrais à chaque fois faire le deuil prématuré de mon enfant seule, si au cas où il s’en apercevait j’aurai droit à la rude de toutes les raclées de l’humanité.  Il jura que c’est de ma faute si encore il perdait son enfant.  Parce que c’est toujours de ma faute s’il me bat.  Pourquoi je cherche tout le temps à l’énerver. Il me dit souvent après ses gifles: fais les choses à ma façon et tu n’auras plus de gifles ma biche.》.

– Mon Dieu, regarde ses bleues sur ton visage tu dois à tout prix le dénoncer avant qu’il ne soit trop tard.

– Tu veux dire avant qu’il me tue? Ça c’est le cadet de mes soucis monsieur. Si un jour je n’arrive plus à supporter ses mains qui me gifles,  qui me traînent de l’escalier à la salle à manger puis me jette dehors comme une chienne, si un jour ses pieds arrivent enfin à m’écraser comme une mouche, le jour où son regard arrive à me couper le souffle comme il a réussi à me couper ma joie, puis mon appétit je serai enfin heureuse. Je serai cette femme qu’on a vu rentrée à l’église comme une poupée,  encore mieux, comme une princesse qui va se faire couronner reine. Elle sourit l’instant de revivre ces beaux moments de sa vie. À la regarder on croirait qu’elle grimacer. Ses yeux rougissent de coups,  ses paupières ses joues gonflés de baffes.  Je voulais l’aider et trouver le voleur qui lui a agressé à ce point. Une femme si sensible, impuissante comme Jessica. Puis, elle continue de rêver à voix haute.

– Toute ma famille,  mes amis, les invités toute l’église sourit et ils disent ensemble,  d’un seul cœur: 《 Aller Jessica,  Souris! Vive la mariée!》

J’entends d’autres qui disent: Elle est vachement jolie! Son futur époux doit être si fier d’une si charmante princesse qui marche vers lui!

Il était si beau devant l’autel.  Plus beau que le prince de Cendrillon. Je lui souris,  il me sourit.  Il vient à ma rencontre la main tendue.  M’arrache dans les bras de mon père gentiment,  en disant un grand merci. Et mon père qui lui demande avec des larmes aux yeux de prendre soin de sa première et sa dernière fille.  L’unique. Je me souviens de sa phrase, de sa réponse glorieuse:《 Ne vous inquiétez pas monsieur Jules, ta fille est entre de bonnes mains!》

De très bonnes mains. Des mains qui frappent.  Des mains qui blessent, qui vous tordent le cou. Ah oui, que ça fait du bien d’être entourée de ces mains-là!

– Jessica,  dénonce cet animal,  c’est le mieux pour toi et pour lui. J’essaie de la convaincre.  C’est un malade mentale il va te tuer et après il va faire semblant de regretter mais tu seras déjà six pieds sur terre.

– vous ne vous rendez donc pas compte? Je n’ai rien à foutre d’être six pieds sur terre!

Il l’avait tué déjà. Jessica était bien morte. Sa conscience,  sa personne étaient morte de coups, d’humiliation,  de mépris.  Elle ne faisait que respirer. Devant la glace elle était face à son fantôme. Elle voyait sa mort venir,   Comme des futurs mariés qui attendent le jour des noces, Jessica attendait le jour de ses derniers soupirs. Elle comptait les heures afin de trouver sa paix éternelle. Elle me demande bien de me taire : Taisez-vous et écoutez ! Elle me raconta son  histoire, du début à la fin. Je me tais. Elle a l’air fatigué, je voulais la prendre dans mes bras pour la réconforter mais j’ai peur de sa fragilité.  Elle pourrait croire que je suis Stephen,  Stephen Parker, son mari. Je me tais et j’écoute,  j’écoute les larmes aux yeux. Je m’oublie pour m’accrocher à son histoire comme si elle était mienne.  Je lui tendis un bidon d’eau elle en boit d’une gorgée.  Elle me remercie avant de continuer notre triste causerie.

– Il était charment vous savez? Oh que j’étais heureuse toutes les fois qu’il m’amenait danser ces samedis soir où ma mère plaidait ma cause devant mon père jaloux, fou de rage. Il avait toujours le pré sentiment que derrière l’agneau se cache un loup, un grand loup prêt à dévorer.  Il n’avait pas foi en ces hommes ambitieux,  travaillant constamment,  guette une cours sans repos vers le dollar. Mon père,  comme je suis fière de lui. La seule personne qu’il n’arrivait pas à mettre dans sa poche, un vrai dur. Chaque dimanche toutes les femmes de la maison avaient droit à de jolis bouquets de roses. Le plus grand bouquet pour ma mère avec des mots de remerciements témoignant toute sa gratitude envers la famille, et chacune de mes demies sœurs avaient droit à un bouquet de leurs couleurs préféré.  Pour Cloé les roses  jaunes et blanches, pour Flore des roses violets, toujours une carte où est écrit: des roses spéciales pour une fille spéciale.  Et pour moi que des roses rouges, le bouquet m’intéresse guère: sa plume sur ma carte, tant de belles poésies,  de flatteries de tout genre, des déclarations d’amour. Puis je dormais avec des roses, m’entourant dessus dessous.  Ensevelie de fleurs. On a attendu deux ans et six mois avant qu’on se marie.  Jamais je n’aurais pensé qu’il aura tout ce courage.  Qu’il était animé d’un si brave lâcheté.  Il y a qu’un homme lâche qui serait assez brave pour frapper une femme. Pour frapper sa femme. Vous vous demandez peut être comment j’ai fait pour me lever au jour le jour. Après chaque humiliation je me réveille le lendemain,  prendre une douche et puis je me maquille pour le travail. Enfin je comprends à quoi servent les maquillages,  des crayons, poudre à cils, à joue et front de teint tout ça m’était d’une aide colossale.  J’ai conclu aussi que les femmes sont hyper douées pour la peinture.  J’ai toujours ces lunettes de soleil qui cachent la plus grande partie de mon visage abîmé. J’arrive toujours à cacher mes coups et comme ça ma peau au fil du temps à changer de couleur. Le plus dure c’était de me cacher pour ma propre mère.  Elle qui me connaît tellement.  Elle saurait voir que j’essaye tant bien que mal de cacher beaucoup de choses.  Alors Stephen n’avait aucune gêne à mentir chaque jour à ma pauvre mère.  Quand elle vient de bonne heure,  hé bien j’étais déjà parti pour le travail.  Quand elle reste tard pour me voir c’est là que j’appelle pour dire à ma mère de revenir la semaine prochaine vue que je vais ne pas rentrer ce soir. Celui qui frappe sa femme une première fois l’a frappera une deuxième fois.  Il recommencera encore et encore.  M’avait dit une amie à qui j’ai raconté des choses le premier jour qu’il l’a fait. Alors je me tais.  J’ai rien dit à personne sinon à Dieu qui voit tout. Le diable,  lui il est sûrement content, il rit à chaque gifle et il cri vas-y Steph plus fort  plus fort, achève la!

Ce soir, si je rentre il va me gronder,  me crier dessus comme un pauvre enfant, elle resta un instant,  pensive,  elle dit: Pas ce soir… elle le dit tout bas comme si elle avait honte de quelqu’un.  Honte de moi. Honte d’elle-même.

– Il est en voyage?

– Non, il est parti.

– Alors rentre chez toi, prends une douche et relaxe toi comme jamais et mange. Mange tout ce que tu veux,  tu auras besoin de prendre des forces pour la prochaine fessée.

– Il n’y aura plus de prochaine fois, ni dans cette vie ou celle d’après. C’est fini Monsieur l’agent!

– Enfin te voilà sur terre,  allons-y,  on va le dénoncer et il va pourrir en prison, tu sais que ça me plaît bien de mettre tous ces criminels,  ces voleurs,  ces violeurs en prison ?

– Désolée de te décevoir cette fois tu n’auras pas ce plaisir. Elle me l’a dit sur un ton qui fait vibrer le cœur. Un ton  Qui vous coupe la salive.

-on est quel jour aujourd’hui?

– Vendredi,  pourquoi?

– Je rentrais tôt pour lui préparer à manger, c’est le jour de congé de nos servantes. C’est aussi mon anniversaire aujourd’hui.  Notre anniversaire. Pendant que je préparais le dîner j’ai eu la fameuse idée de préparer un gâteau d’anniversaire.  Il était calme,  très calme. J’étais heureuse,  je souriais.  Il me dit que j’étais très belle,  il voulait me baiser. Je lui ai dit qu’il devrait attendre notre dessert.  Il a attendu.  C’est là que je lui présente le gâteau de notre huitième anniversaire de mariage,  huit années de souffrance,  je l’aime quand même. Je voulais lui faire plaisir. Rien que ça.  J’ai compris que mon plan a échoué quand il m’a  regardé avec ce même regard du premier jour, lors de notre lune de miel au Mexique Où il m’a attrapé violemment et sauvagement battu parce qu’un autre homme m’avait fait de compliments.  Il pensait être le seul à me trouver belle. Ce regard qui m’étrangle après chaque gala de levé de fond. Ce regard quand je parle à une cliente,  quand je donne des recommandations pour être la seule femme de son mari, pour gagner la confiance de tous. C’est moi le coach.  Ce regard qui veut me faire comprendre que je ne suis rien qu’un grain de poussière dans un univers de diamant quand je gagne un procès.  Tu n’es rien d’autre à part ma femme.  Ma biche. Un regard seulement,  et tout est compris.

– Tu veux me rappeler ces huit années à tes côtés sans enfants? Tu veux vraiment?

Je commencer à pleurer, il ne faut pas crier.  Il faut juste pleurer.  C’est ce que j’ai toujours fait. Sa main me tenant la nuque,  me cogne contre la table, puis le mur avant de finir sur le sol. 《 Je t’avais dit que j’avais envie de toi connasse et il fallait que tu m’énerve encore une fois. Pourquoi portes-tu des sous-vêtements alors que ton mari est à la maison ma biche》, me dit-il. Il déchire mes strings.  Je n’appelle plus ça se faire violer.  C’était devenu une sorte d’habitude.  Un fait normal. Du sol Où j’étais, le mouvement de va et viens qui me fait monter et descendre,  je regardais cette chose. Je ne sais pas vraiment à quoi ça pourrait me servir quand mon père me l’a offerte.  Une louche. Une pique. Une lance. Je sais plus, il m’a dit un jour peut être tu auras  besoin d’un truc de ton père.  J’ai souris.  J’ai dit un petit merci à mon cher papa.

– Oui ma biche, c’est moi ton petit papi, allons tourne toi j’aimerais t’embrasser un peu ce soir. Je voulais que tout ceci soit un rêve.  Un foutu rêve auquel je vais brusquement sortir tout en sueur courir me chercher un verre d’eau,  me rincer le visage tout en suppliant Dieu de me protéger de ces genres de cauchemars.

C’était bien réel comme toutes les autres fois…

– plus jamais tu ne pourras frapper une biche, moi, ta dernière biche connard! Je suis partie en courant.  Je fuis mes souvenirs.  Je fuis ma maison ensanglantée. Je l’ai tué monsieur l’agent!  C’est fini…


Par Soussoule SANOZIL

2 Comments, RSS

  • JimmyLeSage

    dit le:
    11 Mar 2017 à 22 h 06 min

    C tres. Bien
    J’aime ça. Sanozile

  • Fedeline

    dit le:
    11 Mar 2017 à 22 h 39 min

    Yayy super… J’admire ton talent Soussoule

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