Home > Non classé > Quand les loyers appauvrissent les ménages

La dépréciation de la gourde par rapport au dollar s’accentue de plus en plus en Haïti. Il faut aujourd’hui 68.69 gourdes pour seulement 1 dollar américain (à la vente), selon le dernier bulletin de la Banque de la République d’Haïti (BRH). Des professionnels payant leurs loyers en dollars américains assistent, impuissants, à la réduction de leur salaire réel.

Si en juillet 2015, il a fallu environ 56 gourdes pour 1 dollar américain, en mars 2017, il faut au moins 68 gourdes pour avoir 1 dollar américain. Soit, une différence de 12 gourdes en moins de 2 ans. Mais les salaires n’ont pas bougé pour autant. Et c’est ce qui choque le plus les professionnels rencontrés par Le National.

Gérard, un professionnel de la place, habite à Pétion-Ville. Il gagne un salaire de moins de 50 000 gourdes depuis des années. C’est son salaire nominal. Mais son salaire réel diminue chaque fois. Non seulement le propriétaire du logement augmente le loyer comme bon lui semble, mais la dépréciation de la gourde par rapport au dollar lui joue aussi un mauvais tour. Pour lui, la situation se révèle beaucoup plus difficile aujourd’hui. « Où est l’État ? », se demande-t-il, mais en vain.

Il paie le loyer à 3 700 dollars américains. Ce qui totalise 254 153 gourdes, au taux du jour. Tout ça pour une année. Le loyer lui coûtait 3 500 dollars américains avant. « Il y a deux ans depuis qu’on y a ajouté 200 dollars américains », dit-il. À partir de quelle étude ? Personne ne sait !

En juillet 2015, il a fallu 56.75 gourdes pour 1 dollar. Ainsi, pour avoir 3 500 dollars américains, il lui a fallu seulement 198 625 gourdes. Mais maintenant son loyer subit une augmentation de 55 528 gourdes. « Pourtant, mon salaire reste le même depuis : moins de 50 000 gourdes par mois ! Tout cela pour un appartement de trois chambres à coucher, deux toilettes, un salon, une salle à manger », se désole-t-il, pensant que cette situation devient de plus en plus révoltante.

Antoine envisage même de ne plus louer son appartement à Pétion- Ville. « À quoi ça sert de payer des loyers en dollars, si on ne peut pas bien nourrir ses enfants ? Les envoyer dans de bonnes écoles ? », se questionne-t-il, se plaignant du fait que l’État ne l’aide pas du tout contre les caprices de son propriétaire.

« Écoute, moi je n’en peux plus. Mon salaire brut reste intact depuis des années : 50 000 gourdes. Et mon loyer est de 1 500 dollars par année. Le patron se moque de moi. Là où je travaille, il n’y a pas de syndicat, tu t’imagines ? Aucun système de protection sociale ! C’est moi qui fais tout ! Aucune augmentation de mon salaire depuis plus de quatre ans. Alors que le loyer, ainsi que les prix de la plupart des produits que je consomme augmentent quotidiennement. Crois-moi, dans ce cas, j’ai un arbitrage à faire. Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’on est livré à soi-même en Haïti. Chacun pour soi ! Alors je vais changer d’appartement, question d’essayer de revoir le loyer à la baisse, de manière à pouvoir mieux répondre aux autres postes de dépenses que je juge beaucoup plus pressants. C’est difficile de modifier comme ça son train de vie. Mais je n’ai pas le choix », dit-il, d’un air plutôt inquiet, déçu.

D’autres pensent à quitter le pays. « On travaille dur en Haïti et nous n’économisons rien, au final. Mourir de faim le premier jour qu’on se retrouvera au chômage. C’est impossible de rester dans ce pays qui fonctionne comme une jungle », fulmine Paul.


Par Harrios Clerveaux

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